Partie III. Mise en œuvre

Article: Article 23 : limites à la libre diffusion de l’information

Extraits du Guide de bonnes pratiques dans les relations avec les sources, CDJ- AJP, décembre 2011.

 

3.3  L’embargo.

 

L’embargo est une demande faite aux journalistes par une source ou une agence de presse de différer la diffusion de l’information jusqu’à un moment précis (date, heure…), par exception au principe de libre utilisation des messages des sources. Il résulte soit d’un commun accord (même oral) entre les sources et les médias, soit d’une demande unilatérale des sources.

 

Il peut avoir plusieurs objectifs :

permettre aux journalistes de préparer le traitement d’un sujet (ex. traitement d’un rapport non encore publié, discours non encore prononcé…)
mettre sur pied d’égalité des médias différents (quotidiens, hebdomadaires, magazines…)
protéger la vie, la sécurité ou le respect dû aux personnes, par exemple en cas d’annonce ou de compte-rendu d’accident
ne pas entraver le travail de la justice…

 

Conditions :

l’embargo doit rester l’exception
il doit être justifié par une des raisons énoncées ci-dessus, pas par une stratégie commerciale ou de communication ni par convenance ou intérêts personnels
il doit être explicite et précis (objet, échéance…)
il doit concerner équitablement tous les médias

 

Le principe : l’embargo doit être respecté, au nom de la parole donnée s’il a été convenu entre une source et les médias ; par courtoisie, confraternité, correction lorsqu’il a été demandé unilatéralement par une source… si celle-ci respecte les conditions mentionnées. Rompre un embargo, c’est s’offrir un scoop facile au mépris de la loyauté.   

L’engagement de respecter un embargo dans le cadre d’une relation de confiance ne requiert pas de convention écrite. Les journalistes sont invités à refuser systématiquement de signer en leur nom ou pour leur média le moindre document de ce type, a fortiori lorsqu’il comporte une sanction financière.

 

Toutefois, l’existence d’un embargo n’interdit pas aux journalistes de chercher des informations sur le même sujet auprès d’autres sources.

Le fait qu’un autre média diffuse l’information sous embargo ne libère les journalistes de celui-ci que si l’information ne contrevient pas à la déontologie journalistique et ne porte pas atteinte aux droits des personnes. Les règles générales de déontologie sont d’application. 

 

Des exceptions :

On peut passer outre la demande d’embargo qui ne vise manifestement qu’à protéger des intérêts particuliers de la source : économiques, publicitaires, politiques, de positionnement personnel, d’échappatoire à la justice... C’est ce que le code suisse de déontologie appelle  embargos de commodité. A fortiori lorsque ces intérêts sont de nature délictueuse.

 

Embargo et conférence de presse

Les journalistes s’abstiendront de « brûler » une conférence de presse annoncée sur la seule base des informations fournies par l’instance invitante. Il importe de sauvegarder la confraternité entre journalistes et la relation de confiance entre ceux-ci et leurs sources. 

 

Exceptions :

Cette règle ne s’applique pas lorsque le journaliste considère les informations en question d’un intérêt général tel qu’elles méritent d’être diffusées immédiatement. 

 

3.4  Le off et ses variantes.

 

En règle générale, les informations données par une source sont « on the record » : elles peuvent être reproduites et attribuées à cette source.

Par exception, les informations « off the record » sont des informations données à des journalistes et qui ne sont pas destinées à être diffusées littéralement. Elles permettent aux journalistes de mieux comprendre un sujet ou d’en apprécier les enjeux voire de s’assurer une information de background utile dans l’immédiat ou dans le futur, ou encore d’avoir l’attention attirée sur un sujet.

 

Le « off » peut se décliner sous des formes variées :

« vous ne diffusez absolument pas »
« vous pouvez diffuser si une autre source confirme »
« vous pouvez diffuser certains éléments précis »
« vous pouvez diffuser en modifiant certaines choses »
« vous pouvez diffuser en respectant l’anonymat de la source » (cf. 3.4),  etc.

 

La demande de garder une information confidentielle doit être explicite, en tout cas lorsque la source sait qu’elle s’adresse à un(e) journaliste.

 

Le principe : respecter le « off » est une affaire de confiance. Le journaliste a d’ailleurs souvent plus à perdre qu’à gagner en ne le respectant pas, parce qu’il risquerait de se couper d’une source. Même non divulgué, le « off » n’est jamais tout à fait perdu parce qu’il ouvre souvent des pistes de compréhension et permet d’aborder d’autres sources avec des éléments neufs.

 

Une information « off » n’est ni plus ni moins crédible qu’une autre. Elle doit être vérifiée auprès d’autres sources, sans quoi elle reste non fiable ou peut relever de la rumeur. Elle peut traduire une tentative de manipulation des journalistes. Une source qui prend l’initiative de donner une information « off » a généralement intérêt à le faire. 

 

Certains contestent la pertinence du « off », qui ne serait qu’une solution de facilité pour une source. Celle-ci devrait limiter son choix à donner une information si elle peut être diffusée ou ne pas la donner si elle ne peut l’être. Cela n’autorise pas les journalistes à accepter une demande de « off » puis à la transgresser. L’obtention de la même information auprès d’une autre source qui ne demande pas le « off »  permet de diffuser cette information.

 

 

3.5  L’anonymat de la source.

 

Le plus souvent, une source espère être citée. Mais il arrive qu’elle souhaite l’anonymat pour le public, tout en étant identifiée et connue du journaliste.

L’anonymat ne peut être, pour les journalistes, une manière de camoufler l’absence de source fiable par des formules : les observateurs, les milieux dignes de foi… Au contraire, l’anonymat, qui affaiblit l’information, ne peut servir qu’à protéger des sources fiables qui ne peuvent apparaître publiquement tout en fournissant des informations de première main.

 

Le principe : ce n’est pas au journaliste d’apprécier les motifs de la source. Il respecte l’exigence d’anonymat. Cet anonymat peut être nuancé : taire le nom mais pas la fonction, remplacer par un nom d’emprunt (et le signaler au lecteur)… Il faut chercher les mentions qui donnent de la crédibilité («R., une source européenne proche de… ») mais éviter celles qui, tout en taisant le nom, permettent malgré tout d’identifier la source en étant trop précises (« R., un ingénieur de 56 ans membre du service de garde du Conseil européen… »)  .

 

Outre l’absence de publication, le secret sur la source doit être préservé par le journaliste :

devant les autorités publiques : c’est une obligation déontologique et un droit consacré par le législateur (la loi du 7 avril 2005) ;


devant les responsables hiérarchiques : le journaliste ne peut être obligé de révéler ses sources à son rédacteur en chef, mais il doit pouvoir lui confirmer qu’il a des sources fiables ;


de manière générale : le journaliste avisé met en lieu sûr les documents et tout élément susceptibles de trahir une source.

Plus d'informations:
Chapitre 1Article 13 : journalisme et publicité
Chapitre 2Article 15 : information financière
Chapitre 3Article 17: méthodes loyales de recherche d’informations et exceptions
Chapitre 4Article 18 : rémunération des sources
Chapitre 5Article 23 : limites à la libre diffusion de l’information
Chapitre 6Article 25 : vie privée des personnalités publiques
Chapitre 7Article 28 : information sur les caractéristiques personnelles
Chapitre 8Article 7 : réseaux sociaux
Chapitre 9Article 9 : liberté et responsabilité journalistique
Chapitre 10Articles 1, 14 et 21 : protection des sources
Chapitre 11Articles 7 et 16 : Forums