Partie III. Mise en œuvre

Article: Article 18 : rémunération des sources

Extraits du Guide de bonnes pratiques dans les relations avec les sources, CDJ- AJP, décembre 2011.

 

3.7  Payer une information ?

 

Le principe : l’information ne se monnaie pas, qu’il s’agisse d’interview, de témoignage, d’image... Aucune transaction financière n’est admise. Le journaliste ne paye pas la source. La source ne paye pas le journaliste. Chacun (lorsque la source est professionnelle) est rémunéré pour son travail. Vis-à-vis des sources « témoins », accepter de rémunérer l’info risquerait de créer une surenchère et de priver certains journalistes de l’accès à l’info.

 

Des exceptions :

Le défraiement est une pratique courante et non contestable, lorsqu’un média souhaite interviewer une personne qui doit se déplacer. Il doit rester raisonnable.
Un journaliste peut estimer nécessaire de faire à titre personnel un geste en faveur de sources en situation difficile. Il est recommandé que ce geste ait lieu après la transmission d’information, et qu’il n’apparaisse pas comme une rémunération de celle-ci.
Les relations entre les journalistes et leurs sources sont aussi des relations humaines qui peuvent se traduire par des échanges de bons procédés (offrir un verre…). Même s’il faut rester prudent, ce n’est pas interdit. Tout est ici une question de mesure et de maintien de l’indépendance réciproque.
Lorsque le recours à une source entraîne pour celle-ci un travail de recherche s’apparentant à de la consultance d’expert, un dédommagement adéquat peut lui être accordé.

 

 

3.5  L’exclusivité.

 

L’exclusivité fait partie du système médiatique. Pour les journalistes, elle peut constituer un moteur (vouloir diffuser une information avant les collègues est un excellent stimulant pour la chercher). Pour les médias, qui sont aussi des concurrents, elle est un argument économique de notoriété, voire de vente ou d’audience. La distinction doit cependant toujours être maintenue entre les relations des journalistes avec leurs sources et les relations que les services de promotion des mêmes médias peuvent entretenir avec les mêmes sources. 

Un média qui reprend une information exclusive d’un autre média pour la traiter à son tour doit mentionner sa source.    

 

Le principe : un média peut négocier l’exclusivité avec une source (ex. : l’interview politique). Une source peut offrir une exclusivité à un média.

 

Conditions : pour bénéficier d’une exclusivité, le média ne peut pas se soumettre à des exigences de la source qui empièteraient sur la liberté rédactionnelle. La rédaction doit rester maîtresse de ses choix.  

Vis-à-vis des autres médias, une exclusivité, par ex. sur le témoignage d’un acteur de l’actualité, restera dans les limites appropriées (24 heures pour la radio-télé) et ne pourra pas viser à priver la concurrence d’un accès à l’information.

 

Exceptions : les contrats d’exclusivité passés avec une personne ou une organisation directement impliquées dans l’actualité ne peuvent porter sur des informations touchant à des événements ou situations qui présentent une signification majeure pour l’information du public et la formation de l’opinion publique. De tels contrats, lorsqu’ils contribuent à établir un monopole en empêchant les autres médias d’accéder à l’information, sont dommageables à la liberté de la presse.

 

 

Exemples

 

Le 26 octobre 2000, le Conseil de déontologie de l’AGJPB a estimé que « tous les médias réutilisent quotidiennement les réponses données aux questions des journalistes d’autres médias. Vu la prolifération du nombre d’équipes news, c’est, d’un point de vue pratique, la seule solution. » Ceux qui veulent l’éviter doivent demander l’exclusivité à leur source.

 

En 2008, dans le cadre du procès en assises de M. Fourniret, RTL-TVI a conclu un accord avec une ancienne victime de Fourniret : la chaîne privée prenait en charge les frais de la victime pour assister au procès, en contrepartie d’une exclusivité d’intervention en direct dans les quatre journaux télévisés de la chaîne répartis sur deux jours. La RTBF contestait devant l’AJP cet accord qui constituait, selon elle, une entrave à l’information.

« Dans le cas d’espèce, l’AJP considère que

- le contrat d’exclusivité n’empêchait pas tout accès de la RTBF au témoin;

- l’accès à l’information a néanmoins été limité par l’existence de ce contrat qui empêchait la RTBF de travailler en direct avec le témoin;

- TVI n’a pas agi en infraction avec les bonnes pratiques en s’assurant une exclusivité d’un témoin indirect du dossier. Il en serait allé autrement s’il s’était agi d’un acteur ou d’un témoin directement impliqué ou dont le témoignage aurait été d’une importance majeure pour l’information du public;

- TVI aurait cependant dû limiter son exclusivité à une journée au lieu de deux, l’objectif de scoop recherché étant atteint. »

Plus d'informations:
Chapitre 1Article 13 : journalisme et publicité
Chapitre 2Article 15 : information financière
Chapitre 3Article 17: méthodes loyales de recherche d’informations et exceptions
Chapitre 4Article 18 : rémunération des sources
Chapitre 5Article 23 : limites à la libre diffusion de l’information
Chapitre 6Article 25 : vie privée des personnalités publiques
Chapitre 7Article 28 : information sur les caractéristiques personnelles
Chapitre 8Article 7 : réseaux sociaux
Chapitre 9Article 9 : liberté et responsabilité journalistique
Chapitre 10Articles 1, 14 et 21 : protection des sources
Chapitre 11Articles 7 et 16 : Forums